Vincent Zabus & Denis Bodart • Dupuis, 2026
⭐⭐⭐⭐☆
Atmosphérique. Mélancolique. Poétique.
Une bande dessinée qui révèle toute sa richesse après la lecture. Derrière une histoire d'enfance teintée de fantastique, Vincent Zabus et Denis Bodart explorent avec beaucoup de délicatesse la mémoire, le deuil et les traces que le passé laisse en chacun de nous. Une œuvre dont l'émotion agit lentement mais durablement.
Ma rencontre avec Si je t’écris...
Si je t’écris... m'a laissé une impression assez étrange : je n'ai pas été totalement convaincue pendant la lecture… et pourtant la BD est restée avec moi plusieurs heures après, au point de la relire dès le lendemain matin et d'y revenir encore une troisième fois en la feuilletant.
Le dessin de Bodart joue énormément dans cette sensation. Le trait a quelque chose du croquis vivant, presque du carnet de souvenirs colorisé, avec une très belle gestion des couleurs. Cela crée une vraie projection dans l'enfance, dans les sensations plus que dans le réalisme. Certaines planches dégagent une douceur mélancolique très réussie.
J'ai été moins touchée par le début du récit et par la représentation de la famille d'Antoine, que j'ai trouvée un peu caricaturale par moments, presque « famille modèle » de façade, là où le reste de la BD paraît plus subtil émotionnellement. Même chose pour certaines répliques de sa femme qui m'ont semblé un peu forcées.
Je m'attendais aussi à une histoire beaucoup plus centrée sur la sorcière, alors qu'elle sert finalement davantage de point de bascule symbolique que de véritable sujet. Et c'est sans doute ce qui fait la force discrète du livre : derrière le fantastique, il est surtout question de mémoire, d'enfance, de ce qu'on emporte avec soi en grandissant, et d'une forme de réconciliation intérieure.
Ce n'est pas une BD qui m'a bouleversée immédiatement, mais une lecture sensible et atmosphérique qui continue à travailler doucement après coup.
