13 févr. 2026

"La Route" de Manu Larcenet 2024, Dargaud. Adaptation du roman de Cormac McCarthy.

Intense. Aride. Marquant.

Note : 3/5

La Route impressionne par son endurance graphique et son atmosphère radicale. Un monde désolé, un suspense constant et une relation père-fils qui sert de cadre dans un univers sans repères. Lecture intense, exigeante, peu aimable mais marquante.

Analyse après lecture – cette critique entre dans les enjeux du récit. Oeuvre intense, dense et profondément désolante, La Route impressionne avant tout par l'endurance graphique qu'elle exige. Dessiner autant de pages de paysages vides, brûlés, presque sans matière, relève d'un geste radical, presque sacrificiel. Rien que pour cela, le travail de Larcenet force le respect. L'ambiance est très forte : on ressent un monde vidé de ses repères, où la survie n'a rien d'héroïque. le récit entretient un véritable suspense, à la fois sur ce qui est arrivé au monde et sur ce qui pourrait encore advenir, mais aussi sur la transmission, la confiance et la survie morale. On a le sentiment que le père et le fils ne franchiront pas certaines lignes, tout en sentant qu'un renversement reste toujours possible.

Les dialogues sont volontairement simples, parfois maladroits, très répétitifs. Et pourtant, cette répétition finit par s'ancrer. Elle dit quelque chose de très juste de la relation entre le père et le fils : une confiance presque aveugle, fragile, qui devient le seul socle possible dans un monde effondré. C'est sans doute là que le récit est le plus touchant. La fin laisse en suspens des choix lourds de sens. Malgré les injonctions du père à ne pas prendre de risques, l'enfant est contraint d'en prendre un. Rien n'est résolu, ni rassurant, ni désespéré — simplement ouvert.

Je ne dirais pas que je n'ai pas pris de plaisir à la lecture : c'est une oeuvre intense, qui marque. Mais elle est exigeante, aride, et ne cherche ni à consoler ni à séduire. Quant à savoir si j'aurai envie de la relire un jour, je ne saurais pas encore le dire — c'est une lecture qui demande sans doute à décanter.